Anne Moreau  « Quelques peintures » 

octobre 2015

   octobre 2015

 

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De la toile Libre...

 

Par la fragmentation de la touche, la mise en avant de la couleur, les impressionnistes se sont affranchis de l’ampoulé pompiérisme. L’abstraction, cet acte d’isoler par la pensée l’objet que l’on considère, escamote l’apparence du sens commun pour permettre à Matisse de dire : « il est plus difficile de peindre une tâche rose sur un fond vert, qu’un visage d’enfant devant un buisson ».

Faire apparaître ce qui reste soustrait : le mouvement Support Surface prône la valeur intrinsèque du support, la toile sans châssis. La chose était dans l’air, mes premières toiles libres datent de 1976. Les qualités filmogènes du nouveau médium acrylique semblaient le permettre, m’accordaient de garder les fripures, les pliures de la toile.


Depuis 2002 j’expérimente la toile géotextile. Son usage usuel s’adresse au BTP, à l’horticulture. Enduite d’une base acrylique, sa structure non tissée lui confère un aspect visuel fragile, proche d’un papier d’Orient. Imputrescible, elle n’est pas assujettie à l’hygrométrie. De bons ou de mauvais augures, sa longévité, hormis lacérations ou incendies, est donnée pour quatre cents ans.

Lors d’une exposition temporaire, les grandes toiles restent libres ; pour une destination pérenne, elles peuvent se maroufler à même le mur.

 

Anne Moreau - juin 2014

 

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CV, archives d'expos : ici

 

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 Galerie Mirabilia 26 juillet, 28 septembre 2014

   

 

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 Née en 1948, Anne Moreau a suivi, à Paris, l’enseignement des écoles des Arts appliqués, des Arts décoratifs et des Beaux-arts. Elle expérimente la peinture à fresque et opte pour la toile de lin sans châssis, puis la toile géotextile, qui deviendra son support privilégié. Elle voyage sur les rivières et canaux à bord du Pick au vent, la péniche dont la cale est atelier de peinture, puis s’établit dans une maison éclusière sur le canal latéral de la Marne. Depuis 1998 elle vit en Charente où elle a bénéficié de l’aide à la création d’atelier du Ministère de la culture DRAC Poitou-Charentes.

Ses œuvres ont été présentées en France - notamment dans les Musées de Dieppe, Nemours, dans les CAC de Saint Brieuc, Mulhouse, Troyes, Belfort - et à l’étranger : Hollande, Suède, Etats-Unis, Italie, Portugal. Elle expose régulièrement depuis 1980 à la Galerie Sabine Puget (anciennement Galerie Jacob) et plus récemment à la galerie Art-espace et la galerie Mirabillia.

Ses œuvres sont présentes dans les collections publiques en France et à l’étranger : FRAC Haute-Normandie, FRAC Franche-Comté, Collection contemporaine BNP, DOW Gand, DOW Benelux.

 

 

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 galerie Pome Turbil art/espace, Lyon
30 janvier, 15 mars 2014   

  galerie pome turbil 

 

La force de Chevarache.

 

 

 Puisque les serpents ne peuvent y vivre par manque d’eau douce courante, l’île de Ré est au sens biblique un paradis. Pourtant, dans la fosse occidentale de Chevarache, l’enfer mitonne.

Par un soir de septembre 1972 ou 73, pour une pêche à pieds sur les banches de la pointe du Lizay, nous descendons le creux de la dune du Petit-Bec. Au mitan, un calme médusant impose l’arrêt. L’opalescence lunaire porte loin l’attention du regard. Océan noir, lisse, lustré façon toile cirée. Par intermittence une haute vague étonnamment dessinée, meurt sans écume, sans bruit. Malgré le fort coefficient de cette marée descendante, les flots restent gonflés, rechignent à se retirer. Face à ces étrangetés, nul n’est besoin de nous concerter pour évacuer les lieux. De plus, avec cette lune, la pêche sera mauvaiseSur le chemin de sable et de galets du retour, à la hauteur de l’amer de La Rivière, un grondement sourd précède le tressaillement de la voiture. Nous pensons à une grosse pierre mal placée. 

 

 

Le lendemain éclaire nos interrogations : un tremblement de terre a descellé jusqu’aux pierres des phares d’entrée du port de La Pallice.

 

 

Émile Couneau, à propos de la secousse du 27 octobre 1903 écrivait : « Le foyer de ces secousses serait-il le volcan englouti de Chevarache ? Les marins prétendent rencontrer à la fosse de Chevarache, au nord-ouest des Portes-en-Ré, une eau plus chaude que dans les régions voisines. Mais le souvenir du gouffre de Ré n’est sans doute qu’une légende ! »

 

 

Pourtant en 1976 sur le Dugay-Trouin, bâtiment de la Marine nationale, les marins aperçoivent à la surface de la mer, une zone de calme plus claire de 50 à 80 mètres de diamètre. S’en dégage de petites bulles et s’y accumulent des poissons, morts par décompression. Les mesures indiquent que l’eau a une salinité voisine de celle que l’on décèle par 1 600 mètres de fond et la température y est plus élevée de 5°.

 

 

Dépasser les craintes ancestrales pour s’installer sur les versants fertiles des volcans fait partie de la nature humaine. De la conscience intime de cette sphère incandescente gainée de roche, d’eau et de terre qui fricote sous mes pieds, mes toiles cherchent l’énergie féconde. Il y a peu, j’ai retrouvé une petite peinture acrylique sur pâte à bois de 1978 où est inscrit en haut à droite : La force de Chevarache.

 

Cette expo en fil du temps, met en exergue la présence sourde ou flamboyante de Chevarache frictionnant les eaux.

Anne Moreau décembre 2013

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1972/78 vit et peint à l’île de Ré.

« 1976,les qualités filmogènes de l’acrylique le permettent de retirer la toile du châssis. Depuis 2002 j’utilise la toile Géotextile marouflée sur bois.»

 

 

La mémoire de la mer

- 1977 - Francine Rheims in « le Figaro »

Galerie Pierre Robin, Paris

 

 

Peindre quelque chose qui ne ressemble à rien d’autre ? C’est peu fréquent dans les milieux artistiques où chacun a tendance à copier son voisin en croyant ou voulant faire croire que cette « rencontre », cette « similitude » sont dues au pur hasard.


Totalement libre, non moins sincère, Anne Moreau n’a besoin de personne pur « dire » ce qu’elle voit et ressent. Isolée au fin fond de son Île de Ré, elle travaille sous la seule dictée de la mer, du vent, des éléments.


Étonnantes compositions dans lesquelles de gigantesques poissons, des îles aux contours imprécis se trouvent environnées d’une faune aux multiples visages où se côtoient des sirènes ailées, des serpents de mer, des coquillages, et même des… pintades. Sans oublier, par-ci, par-là, quelques lignes d’écriture extraites d’un dictionnaire de la pêche, comme si Anne Moreau voulait nous signifier que la froideur d’un texte impersonnel devient également poésie au contact de la couleur et des fonds modulés.


Le charme de telles œuvres est bien dans cette dualité, dans cette démarcation à peine marquée entre le concret et le rêve, entre le réel et l’imaginaire. Serions-nous donc sur une autre planète, confrontés à des mers inconnues ? On le jurerait, d’autant que la palette de l’artiste tourne carrément le dos aux couleurs d’ici-bas, aux tons d’après nature.


Voyons le travail. Sur des toiles libérées de leur châssis, mais encollées, apprêtées, (à l’inverse des Supports-surface) pour leur donner plus de matières, Anne Moreau jette d’un pinceau léger, à l’aide d’acrylique très diluée des transparences d’aquarelle. Ses meilleures peintures sont d’ailleurs celles ou elle renonce à tout contraste un peu violent. Elle excelle en effet dans les tons fondus et les harmonies nacrées à base de beige, de roses, de gris-bleu, d’orangés et de blancs.


Un beau métier. Des compositions d’une fraîcheur et d’une spontanéité mûrement réfléchie, même si leur côté très enlevé porte à croire qu’elles sont le fruit d’une impulsive rapidité.

 

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1978/84 voyage sur les rivières et canaux à bord du Pick au Vent, péniche dont la cale est l’atelier de peinture.« Suivre les cartes fluviales. Trouver ses repères, son évidence, en rêvant sur les enluminures, les codex et les portulans. Ceux-ci sont écriture, dessin, peinture. »

 

Le livre de bord du Pick au Vent

Philippe Mézescaze 1980, pour “Nuits Magnétiques” - France Culture - diffusion les 20, 21 et 22 janvier 1982, réalisation Bruno Sourcis.

Anne Moreau vit sur une péniche, d’ailleurs elle dit - bateau - plutôt que péniche. Elle est peintre, a transformé la cale de son bateau en atelier de travail.

Son bateau, donc, est un bateau-logement, mais à la différence de beaucoup, elle le conduit elle-même et ne demeure pas, durant l’hiver, à quai à Paris. Elle a installé ses quartiers près de Montreau, à l’écluse de Varennes en pleine campagne. C’est un choix délibéré et significatif. C’est dire qu’elle ignore, sans animosité aucune, les autres propriétaires de bateaux-logement. Il faut plutôt dire qu’elle se sent différente d’eux. Elle vit son bateau tout à fait et depuis deux ans que, seule, elle le transforme et voyage avec lui, ils sont devenus indissociables.

 

Dire qu’elle est farouchement solitaire, n’est pas la vérité. Elle cohabite avec deux chiens, Julot et Aglaë, une chèvre, Lulubelle et un poisson qu’elle ramena par hasard dans un seau qu’elle plongea dans la Seine, pour s’y laver les mains. Il s’appelle Arthur et en ce début d’hiver, elle craint que l’eau du bocal ne gèle.

 

Anne tient quotidiennement un journal de bord sur lequel elle note les moindre fait du jour - son travail, les animaux, le temps qu’il fait et le changement des saisons, les visites qu’elle a pu recevoir, les heures qui s’écoulent, même lorsqu’il ne se passe rien...

 

Tout ceci comme elle parle, simplement avec une justesse de raisonnement et de vie dont peu de gens sont capables. Ce livre de bord compte déjà neuf cahiers qui sont un plaisir de lecture, tant pour soi-même qu’à haute voix.

 

Le monde des mariniers, particulièrement clos, timide et hostile à ces nouveaux habitant des canaux qui peu à peu rachètent leurs péniches, comme ils disent, pour les métamorphoser en yacht, (prononcer yacheute) la respectent. Ce qui est d’autant plus étonnant qu’elle est femme. En effet, on ne dit pas “le capitaine” en parlant du patron d’une péniche, mais “l’Homme” et rien d’autre.

 

Anne vit ce monde, en marge bien sûr de la vie professionnelle des mariniers puisqu’elle ne fait pas de transport, mais elle doit être la seule à vivre à leurs côtés sans qu’il l’ignore, bien au contraire, elle s’est attirée une certaine curiosité et de la sympathie de leur part.

 

Le but est donc de passer une journée avec elle sur le bateau, qu’elle en parle, qu’elle fasse lire ou qu’elle lise certains passages de ses cahiers de bord. Que la péniche fasse un court voyage de l’écluse de Varennes jusqu’à Saint Mammès et que là nous l’accompagnons dans un des cafés du port afin de rencontrer et d’écouter les mariniers. Cela au long d’une seconde journée.

 

 

 

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1984/97 maison éclusière de Vraux, canal latéral à la Marne.

« Une peinture est le fruit d’une narration non linéaire et de la muralité. La muralité s’apprenait aux Écoles. À la narration des grands mythes je préfère l’aventure quotidienne.»

 

Peinture pour mémoire

-1986 - Pierre Cabanne

Galerie Jacob

 

Sur l’écluse n°11 de Vraux, canal latéral à la Marne, Anne Moreau peint. A même la peau rugueuse de toiles libres, elle recompose à l’acrylique en rectangles carreaux ou damiers traversé d’ondes, ponctués d’écriture, le cadastre de ses journées.

 

Anne Moreau a toujours peint sur ou près de l’eau, à l’île de ré puis sur une péniche ; devenue agent des voies navigables, l’écluse est aujourd’hui le port d’attache de ses tableaux.

 

Elle déconstruit et reconstruit l’univers d’un regard qui détaille la lumière, le passage des bateaux, l’écoulement de l’eau et du temps dans ses blasons grillagés. Peinture “abstraite”, ou qui abstractise le réel par miroitements d’apparences, traces d’écume, halage de clarté. 

 

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Sur de grands aplats blancs

Par Jean-Marie Le Sidaner - 1992 -

 

Sur de grands aplats blancs, j’ai peint des poissons. Puis il y eut les rouges et les damiers. Il y eu la terre, je veux dire les ocres marqués d’un triangle, recouvert par les “grandes crues”, les “oiseaux d’eau” avec en filigrane l’arche.

 

Ainsi Anne Moreau parle-t-elle de son itinéraire. Sa vie et sa peinture s’y trouvent liés. L’eau représente le milieu privilégié. C’est à la fois un choix existentiel et une aventure artistique. Anne Moreau a longtemps vécu à l’Île de Ré, puis dans une péniche, avant d’”amarrer” son atelier près d’une écluse champenoise.

 

Mais sa peinture n’est pas étroitement référentielle. Les poissons qui, parfois, viennent émerger des signes, ondes bleues, traces d’écritures, les oiseaux déployés sur des surfaces colorés de terre, les arches des ponts, renvoient au vécu quotidien tout autant qu’à une large symbolique.

 

La force et la singularité de ce travail tiennent, je crois, à cette tension instaurée depuis longtemps par l’artiste et un réel éprouvé dans un corps marqué par le désir et la surface de la toile où s’impose des formes.

 

Ni réaliste, ni symboliste cette art repose sur un mouvement constant, il engendre un espace de vibrations qui ouvre le regard à son propre inachèvement : il ne peut se fixer dans une image du monde. L’oeil oscille sans cesse entre l’eau et le ciel, le réel perçu et les présences vivantes de la mémoire.

 

“Lorsque je pense pont, arche, peinture, je ne différencie pas le symbole du concret. Peinture, pont, lieu de passage en tout sens, croisée des chemins d’eau et d’air. L’art est moyen et non but, il capte et concentre les énergies”.

 

De fait on peut dire que l’effort essentiel d’Anne Moreau a consisté à ménager un espace pour un vide entendu comme possibilité d’accueillir le souffle, les énergies, ainsi que les anciens chinois nous l’enseignent. Si les dernières toiles présentent un aspect épuré, elles ne le doivent pas à la tentation idéaliste si courante dans la peinture moderne d’abstraire les formes, de les réduire à quelque signifiant ultime. Bien au contraire, les arches paraissent dégagées de tout ce qui pourrait perturber leur équilibre et nuire au libre passage de la lumière de l’eau, du songe : “L’arche est l’arc en ciel, courbe du serpent, celle du fleuve, elle est la femme-ciel dans les représentations égyptiennes montrant une femme dont le corps en arc de cercle enferme les étoiles au dessus des eaux.”

 

Anne Moreau : une peinture qui ne nous sépare pas du monde, dont chaque forme fait vibrer l’herbe, la pierre, la vase, l’aile de l’oiseau, en un chant sans fond, sans fin.

 

1998, s’établit en Charente — Aide à la création d’atelier du Ministère de la Culture, DRAC Poitou-Charentes.

« La Charente offre ses sources et cours d’eau, la transparence de sa lumière sur son bâti en pierres calcaires. L’architecture existe par l’élévation du plan. Le dessous induit le dessus, la peinture est plan, plan originel. » 

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